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Enjeux des pratiques
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Publié le 10/09/2009, modifié le 29/09/2009
1 / Cadrage
Les environnements considérés ici relèvent des pratiques sociales qui concernent les lieux familiers au visionneur. Il se forme dans ce cas un rapport au lieu d'avantage émotionnel, qui s'appuie sur de vifs souvenirs, à caractère intime, familial ou amical et qui sont parfois anciens et rarement réactivés. En première approche, ces souvenirs peuvent être activés par des vidéos temps réel passives, sans communication directe avec les proches. Le visionneur cherchera alors uniquement à restituer leur présence, son but ne sera donc pas de pouvoir agir sur ce qu'il voit.
2 / Constat
Un accroissement de la mobilité
Des pratiques de mobilité de plus en plus diverses et
hybrides se généralisent et entraînent avec
leur émergence la naissance de nouvelles cultures du lien
[4] et de
la représentation de ce qui est distant.
L’environnement se constitue de différentes
situations de mobilité coexistantes, qui parfois même
se recouvrent :
- la mobilité pour des raisons économico-politiques dans le cas des migrants ;
- celle liée au marché du logement et du travail favorisant des déplacements pendulaires ;
- les déplacements professionnels ou touristiques.
Ces pratiques de la mobilité entraînent l'éloignement des « proches », dans certains cas de façon prolongée. Redonner une place de choix aux proches n'est que partiellement réalisable avec les techniques de télécommunications actuelles : en faisant abstraction des questions de coût et de mise en oeuvre technique, l'immersion dans des lieux familiers distants exige parfois une trop grande concentration pour que la sensation de proximité se produise. La rencontre ressentie comme telle n'est donc pas toujours au rendez-vous.
Se remémorer le lien social par la « présence permanente »
La « présence permanente » est le résultat de la composition de deux autres concepts :
- la « communication permanente »[5] : elle a été analysée dans le cadre de la pratique des téléphones mobiles et en particulier des SMS, on la retrouve entre autre dans certaines pratiques de Twitter. Il s'agit d'une communication centrée sur le partage d'émotions et d'informations qui ne valent pas pour leur contenu contingent mais précisément parce qu'elles attestent de l'existence d'un lien social. Sa fonction est donc uniquement celle d'un fréquent rappel à la mémoire de l'existence d'un lien social, ce rappel passant par une expérience effective du lien ;
- la « présence » : elle est permise lorsqu'il préexiste un lien « d'attachement »[6] entre le visionneur et le support vidéo. En réalité les deux sont intimement liés par un système d'influences mutuelles : si la technologie restitue suffisamment la présence aux yeux du visionneur, l'attachement qu'il lui voue changera, modifiant également sa perception de la présence restituée. On peut donc analyser des états caractéristiques plus stables du système {praticien- technologie manipulée-présence restituée} par une approche centrée sur des expériences pragmatiques individuelles comme celles employées par Dourish dans le contexte de visioconférences. L'étape suivante consistant à étudier la perception de la présence et ce qui en est retenu par la mémoire.
Cette « présence
permanente » devrait être bien appropriée au travers des pratiques des migrants. La « présence
permanente » jouera alors un
rôle afin de restituer la présence du lieu natal ou de la famille restée au pays
[7] alors que ces migrants se retrouvent
souvent livrés à eux-mêmes dans des
environnements complexes à gérer ;
3 / Problématique
Des techniques de communication peu immersives entravent l'effet de « présence permanente »
Focaliser une grande partie de son attention sur un discours demande d'y concentrer son attention de façon plus ou moins consciente. Le processus est perturbé dans certains cas :
- si les sens sont sollicités par d'autres éléments de l'environnement. La phase de focalisation de l'attention est alors souvent un temps « d'entrée dans la conversation » au cours duquel on force son attention à se porter sur le sujet, le temps nécessaire pour faire émerger une implication suffisante dans la discussion ;
- si la restitution du média sollicite peu les sens. Elle ne reproduit alors que certaines dimensions de l'expérience réelle et laisse par conséquent beaucoup d'espace libre aux sollicitations extérieures. Par exemple : la restriction à la voix lors d'une conversation téléphonique ;
- si la restitution du média est elle-même de mauvaise qualité. Par exemple : avec certains abonnements aux téléphones mobiles actuels, la qualité de l'échantillonnage sonore est souvent mauvaise et la continuité du service compromise par des coupures, des tarifs dissuadant de parler aussi longtemps qu'on le voudrait, etc.
La restitution vidéo avec une webcam standard cumule en général plusieurs de ces restrictions.
Les dispositifs offrant peu de possibilités d'action sur le média rendent l'immersion tributaire d'une restitution sensorielle de bonne qualité
Ces restrictions sont d'autant plus handicapantes lors d'une utilisation unidirectionnelle :
- l'immersion ne peut alors pas s'appuyer sur des interactions sensori-motrices
[8] substantielles, ce qui la rend sensiblement plus
difficile ; - elle doit alors se reporter intégralement sur des éléments passifs tels la qualité de l'image et du son.
4 / Solutions
4-1 / L'immersion par la qualité de restitution
Définition et moyens de restitutions sensorielles suscitant une immersion suffisante
Dans l'idéal, l'immersion est garantit lorsque le flux de données est suffisant pour restituer une image grandeur nature à un minimum de 30 images par seconde. Une webcam HD reliée à un réseau THD le permet, l'écran disponible doit alors être suffisamment grand pour atteindre en diffusion continue la qualité d'image nécessaire à l'immersion
[9] dans un lieu distant. La qualité de restitution du son est également à prend en compte.
Justification de l'utilisation du THD
La haute définition ainsi que la diffusion vidéo continue[10] ont ici toute leur place :
- le lieu doit être filmé comme si on le voyait de ses propres yeux pour restituer une part importante de sa proximité. La diffusion continue sur des durées suffisantes et une bonne restitution des détails sont donc nécessaires. Une bonne résolution de la vidéo et du son, ainsi qu'un affichage de grande dimension étant de fait préférables;
- c'est souvent par le son que la scène retrouvera une vie dans le cas des lieux dans lesquels la présence humaine n'est pas centrale. La restitution des bruits ambiants devient alors l'élément principal pour garantir l'immersion. Le son peut donc s'avérer dans certaines configurations au moins aussi important que l'image ;
- ce dernier cas n'ayant, pour des pratiques de visionnage solitaire, par de portée sociale dans l'environnement local, l'utilisation d'un casque peut y trouver sa place, contrairement à ce qui est préconisé pour la diffusion vidéo en continu entre deux bureaux[11]. Le casque apporte en effet le double avantage d'augmenter sensiblement la qualité audio pour un coût réduit et de permettre malgré tout une certaine liberté de mouvement lorsqu'il est sans-fil. Ces deux caractéristiques en font un élément judicieux losrque le visionneur cherche à restituer une ambiance distante particulière.
4-2 / L'émergence de nouvelles pratiques sensori-motrices pour la vidéo temps réel
Du commentaire individuant à la boucle de transindividuation : le commentaire associé aux objets distants et ses évolutions futures
Malgré l'aspect unidirectionnel du flux vidéo, on peut cependant distinguer un certain nombre d'actions que le visionneur peut effectuer ou déclencher à distance :
- l'annotation descriptive simple, spatialement localisée sur la vidéo streamée :
- lorsque la scène est filmée en plan fixe et évolue peu dans sa composition, on peut qualifier la scène de « photographie animée ». Le cas est alors très proche des commentaires de zones photographiques sous Flickr ;
- lorsque la scène n'est pas en plan fixe, le cas se rapproche des commentaires incrustés dans le flux des vidéos sous Youtube ou Omnisio. Le difficile problème de l'association d'un commentaire à un objet précis de la scène, de façon indépendante au cadrage de la scène n'est pas résolu par ces deux sites web. On constate que le commentaire y est toujours réalisé sur des vidéos enregistrées en différé, les déplacements dans l'espace et la durée d'affichage du commentaire doivent entièrement être réalisés manuellement. Le problème sera sans doute résolu à horizon de quelques années, au moins pour des environnements délimités comme une pièce précise dans une maison. Les deux solutions concurrentes sont d'une part la reconnaissance des formes et d'autre part le tagging RFID massif des objets domestiques. La seconde approche étant la plus envisageable à court terme.
- Concernant les interactions distantes avec des personnes filmées, elles peuvent être générée par des annotations distantes comme celles décrites au dessus, dans la mesure où celles-ci peuvent être lues par les habitants du lieu filmé, qui pourront en réaction modifier leur comportement en temps réel, par exemple en mettant en valeur un objet retenant l'attention du visionneur ou en s'adressant oralement au rédacteur du commentaire à travers la caméra. Une interface de messagerie instantanée basée sur le protocole XMPP s'intégrera donc de façon assez naturelle au dispositif d'annotation d'objets ;
- dans tous les cas de figure pour gérer la multitude de commentaires, des systèmes ergonomiques de filtrage des commentaires par contributeurs et de classement des contributions par pertinence doivent être développés ;
- par la suite, les annotations automatiques par reconnaissances mixtes, vocale (corpus de tags et commentaires personnalisés par visionneur, identification des objets par leur bruit) et des formes (corpus d'objets), vont sans doute se coupler avec une détection fine des mouvements corporels grâce à des caméras infrarouges équipées de logiciels performants. Le projet Natal présenté par Microsoft à l'E3 2009 sur sa xbox360 préfigure les avancées techniques qui émergeront très prochainement.
Il faut enfin garder à l'esprit que toutes ces actions opérées sur la vidéo auront également un effet immersif important sur le praticien.
4-3 / La portabilité d'une représentation vidéo temps réel d'un lieu distant développe une forme spécifique d'attachement
L'aspect portatif adjoint une conscience de la présence « sur soi »
On peut penser à une visualisation d'une vidéo temps réel sur un écran de Iphone. Il s'agit alors d'une variante de la « communication permanente » qui s'en distingue :
- par le caractère actif de la consultation du flux d'information, qui n'est pas commandé par exemple par une sonnerie de téléphone ;
- l'aspect mobile change assez radicalement le rapport au lieu distant :
- il se trouve littéralement « porté sur soi » alors même qu'on peut constater à tout moment l'écoulement du temps présent qui se produit à distance ;
- la conséquence en termes de rapport au souvenir est importante :
- dans le cas d'un pendentif contenant une photographie de proche, il permet d'avoir conscience de porter matériellement le souvenir d'une personne avec soi. La présence d'une mémoire familière est donc suggérée par un évènement enregistré, qui est terminé ;
- contrairement au cas précédent, lorsqu'il s'agit d'un flux vidéo portatif diffusé en direct, l'effet n'est plus exclusivement de l'ordre de la mémoire familière, mais également de l'ordre de la présence au lieu distant. Cette dernière est obtenue de façon active, lorsqu'on le souhaite et également à chaque fois qu'on le souhaite puisque le flux est disponible en continu. Un « attachement » d'un genre nouveau, articulé autour d'une perception du présent plutôt que d'un souvenir révolu, a donc lieu de se développer[12] avec l'accès à la vidéo HD temps réel portative.
4-4 / Conclusion
Trois phénomènes indépendants émergent donc en parallèle : une immersion dans les flux vidéo facilitée par le THD, l'apparition d'outils permettant potentiellement de découvrir de nouvelles pratiques d'annotations vidéo inscrites dans le flux temporel et dans l'espace des objets filmés et pour finir l'apparition d'un rapport à la présence familière nouveau qui déborde le champ des mémoires affectives basées sur des supports traditionnels comme les représentations photographiques.
Les pratiques hybridant cette triple approche à l'exploitation de méta-informations micro-sociales limitées au cercle des proches permet d'enrichir les questionnements autour des invariantset du changement de nature des méta-informations constituant la mémoire familiale[13].
La synthèse reste encore à débattre et ne se limite donc pas aux aspects économiques présentés dans la partie suivante.
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Publié le 10/09/2009, modifié le 29/09/2009
Notes
[4] Diminescu, Dana, Anthropologie et réseaux sociaux (Manifeste du migrant connecté), Séminaire de l'IRI : Entretiens du nouveau monde industriel, http://amateur.iri.centrepompidou.fr/nouveaumonde/enmi/ldt/segment/vdanadiminescu/vdanadiminescu_adc8b572-96d1-11de-8a24-00145ea4a2be/c_692431D3-0BBC-A927-CE45-E5C15104CE1A/s_883BBCE1-A629-4D9E-125A-E9D3524096C9, 10.2008
[5] Licoppe, Christian, Sociabilité et technologies de communication. Deux modalités d'entretien des liens interpersonnels dans le contexte du déploiement des dispositifs de communication mobiles , Réseaux 2002/2-3, n° 112-113, p. 172-210, p.24 du document pdf
[6] Latour, Bruno, Faktura : de la notion de réseau à la notion d'attachement, http://www.bruno-latour.fr/articles/article/076.html, 29.07.2009
[7] Diminescu, Dana, Anthropologie et réseaux sociaux (Webcams des migrants), Séminaire de l'IRI : Entretiens du nouveau monde industriel, http://amateur.iri.centrepompidou.fr/nouveaumonde/enmi/ldt/segment/vdanadiminescu/vdanadiminescu_adc8b572-96d1-11de-8a24-00145ea4a2be/c_B21447A1-29F9-F73A-43AC-E5C175D20556/s_161F3310-B412-16EB-8135-E99F706EC8DA, 10.2008
[8] Stiegler, Bernard, Eidelman, Jacqueline, Dessajan, Séverine, Samis, Peter, Les espaces critiques collaboratifs ( Action et perception outillées), Séminaire de l'IRI : Muséologie,muséographie et nouvelles formes d'adresse au public, http://web.iri.centrepompidou.fr/fonds/ldt/index/segment/17/irimrt_museo141008espacescollaboratifs/ens_perso/c_255DED10-1249-ADDC-4904-AF8ADFF46779/s_EF80EF37-2A17-AA50-E73F-B329561F396C, 14.10.2008
[9] Menrath, Joëlle, Jarrigeon, Anne, Culture mobile, images amateurs et économie des échanges ( Immersion et expérience de la fiction), Séminaire de l'IRI :Politiques et technologies de l'amateur, http://web.iri.centrepompidou.fr/fonds/ldt/index/segment/23/iri_politiquesettechnologiesdelamateur20090515/ens_perso/c_6326B717-F9D3-093F-FA92-89B2EBC9F380/s_44A68F85-CCE1-CC50-52D7-A67A2426B5A8, 15.05.2009
[10] Thd culture, téléprésence et télécollaboration, http://thdculture.fr/thdculture/cms/rubriques/webcasting/r1_wcast-f1_telepres-p0_accueil/, 29.07.2009
[11] Dourish, P. et al. 1996. Your Place or Mine? Learning from Long-Term Use of Audio-Video Communication (Office-share).Computer-Supported Cooperative Work, 5(1), pp.33-62, p.17 du document pdf
[12] Latour, Bruno, loc. cit.
[13] Odin, Roger, Gunthert, André - Photographie, audiovisuel et amateurs (Défauts des techniques et lien social), Séminaire de l'IRI : Politiques et technologies de l’amateur, http://web.iri.centrepompidou.fr/fonds/ldt/index/segment/22/iri_politiquesettechnologiesdelamateur090130/ens_perso/c_8DAE0DD0-CC39-E2BA-641C-FAEC016EDFAB/s_E45B7F3B-8FDB-7A97-F397-54E602726632, 30.01.2009


