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Le téléviseur connecté: vers une (re)définition de la « télévision »
Le téléviseur connecté, vers une (re)définition de la « télévision »
Après la diffusion de la « télévision » sur internet, l’avènement du téléviseur connecté, nous donne - à nouveau - l’occasion de questionner ce qu’on entend par « télévision » aujourd’hui.
La télévision, pour le grand public, ce sont historiquement les « chaînes », qu’on regarde sur un écran qui leur a d’abord été dédié (avant d’être également utilisé pour la diffusion de contenus vidéo enregistrés, puis comme interface de diffusion d’images, couplé à une console de jeux vidéo). Mais au sein de cette appellation générique, il convient de distinguer différentes activités :
- Diffusion: les diffuseurs de flux, assurant un courant continu d’images sur un canal de diffusion attribué
- Programmation: lesresponsables d’une ligne éditoriale, éditeurs de contenus, produits par des tiers, puis sélectionnés et achetés, ou produit/co-produits
- Production : lesproducteurs/co-producteurs de contenus, qui pourront être diffusés par différents canaux (autres canaux hertziens, nationaux, étrangers ; DVD ; à télécharger sur un site administré en interne, ou par un tiers…)
C’est avec la télévision par ADSL, dans les années 2000 (en France, première offre lancée par le fournisseur d’accès Free vers 2001) que la mainmise des chaînes historiques sur l’activité de diffusion des programmes commence a être remise en question.
Le téléspectateur a alors la possibilité de délaisser le poste de télévision et d’accéder aux programmes via son écran d’ordinateur. Le découplage programmes (des chaines de télévision)/écran (du poste de télévision) est amorcé.
En parallèle, la question de la diffusion des contenus par des hébergeurs de vidéo a précipité la mise en place des nouvelles offres des « grandes chaînes » (catch-up TV, VOD gratuite et/ou payante, diffusion live ), qui ont du s’adapter aux évolutions du secteur de la diffusion de vidéos. Ici encore l’emploi des termes est assez révélateur de l’association forte qui existe entre « chaînes » et « télévision », la diffusion des programmes des chaînes bénéficiant par ailleurs d’une diffusion hertzienne, se faisant sous l’appellation « télévision sur internet », quant aux autres programmes, on les considère simplement comme de la « vidéo sur internet »…
On assiste maintenant, avec l’entrée en scène des constructeurs de postes de télévision dans le champ de la diffusion des contenus, à un nouvel épisode de cette difficile redistribution des rôles.
En pratique « en se connectant directement aux boxes des fournisseurs d’accès, le téléviseur connecté […] permet de faire migrer vers l’écran de télévision les services jusqu’ici directement accessibles depuis le seul écran d’ordinateur. » *
Si ces évolutions techniques ont pour effet pour l’utilisateur de « débrider » les usages du poste de télévision, les professionnels cherchent plutôt à contrôler (ralentir ?) le développement de cette télévision connectée. En effet, les chaines déplorent de devoir partager un écran dont elles avaient jusqu’ici une quasi-maîtrise, avec l’arrivée des « services qui s’affichent en surimpression autour de leurs programmes » *, et les fournisseurs d’accès s’insurgent de la perte de leur rôle d’intermédiaire si récemment acquis.
A travers les récents accords conclus, les fabricants, les chaînes et les fournisseurs d’accès entendent délimiter le champ de la « télévision », en signifiant leur appartenance à celle-ci comme milieu professionnel défini et légitime, et affichent leur volonté de contrer le développement de l’écran de télévision comme plateforme affranchie.
Les possibilités offertes par les progrès technologiques, s’ils permettent aux consommateurs de profiter de services de « télévision enrichie », et d’expérimenter une nouvelle manière de « regarder ensemble »*, sont également (surtout ?) une occasion pour les professionnels, diffuseur, programmateur, producteur, de marquer leur territoire.
* La revue européenne des médias, n°14-15, p24, 25, 53


