Jalons historiques des télécommunications

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Publié le 02/11/2009, modifié le 02/11/2009

1 / Les origines

Dès 1866, Field pose le premier câble transatlantique reliant l’Irlande à New-York via Terre neuve. Par ce moyen les informations transantlantiques font l’économie des 14 jours de paquebot permettant aux bourses de Londres et de New-york d’être directement reliées

Antonio Meucci dépose un brevet descriptif du fonctionnement d’un téléphone le 28 décembre 1870. Il confie ses prototypes fonctionnels à Edward B. Grant, vice-président de l'American District Telegraph Company of New York, qui les perd dans le laboratoire de Graham Bell…

En 1876, Graham Bell dépose son brevet qui acte de la naissance de l’invention du téléphone, seulement deux heures avant celui de Elisha Gray. Un an après il entreprend la première exploitation commerciale du téléphone qui deviendra le futur géant AT&T. Bell ouvre alors le premier volet de l’histoire de la révolution de l’information.

Quelques années plus tard, en 1891, l’entrepreneur des pompes funèbres A.B. Strowger dépose le premier brevet décrivant un commutateur automatique. L’idée est de se passer de l’opératrice locale qu’il suspecte de détourner le trafic en mettant les correspondants systématiquement en relation avec son propre mari, qui se trouve être le patron de l’entreprise concurrente. En 1896, Strowger perfectionne son dispositif en équipant le téléphone d’un cadrant de numérotation rotatif à dix chiffres. Le système des téléphones Strowger existe encore aujourd’hui.

En 1907, Belin crée le bélinographe, son instrument est capable de transmettre du texte et surtout des photographies par le réseau téléphonique ou télégraphique. Couplé au récent câble transatlantique, la presse peut dès lors envoyer des photographies entre Paris et New-York en une douzaine de minutes.

2 / Le central téléphonique

Le Strowger est toutefois généralisé dans les premières décennies du XXe siècle et laisse donc un temps une place considérable aux centraux téléphoniques manipulés par des opérateurs humains. La fonction de commutation des appels ou « mise en relation des correspondants » est alors un processus majoritairement manuel.

Le système technique des télécoms en 1960:

3 / Les années 60-70 : la télématique

Dans les années 1960, la France accuse toujours un taux d’équipement des ménages en téléphones traduisant un retard considérable en regard des autres pays industrialisés. Le plan de rattrapage téléphonique français mobilise sous la direction de la DGT (Direction Générale des Télécommunications) une importante quantité d’ingénieurs et techniciens pour palier au plus vite à la faiblesse des pratiques téléphoniques au plan national, qui sont en revanche déjà bien implantées dans des pays comme les Etats-unis.

En ces temps l’innovation technologique permet des avancées décisives, les premiers systèmes de commutation électronique temporelle sont ainsi utilisés puis progressivement remplacés par de véritables « réseaux intelligents » associant sur le même fils de cuivre transport des communications et transport des signaux de signalisation permettant de les acheminer. La fonction des centraux téléphoniques et de leurs opératrices se trouve donc intégrée au réseau cuivré lui-même.

Une fois la population massivement équipée, le succès du plan oblige à trouver des débouchés aux techniciens et technologues qui ont été formés en nombre, ce qui mènera dès 1979 à la mise au point du réseau Transpac. Ce nouveau réseau fonctionne comme son futur remplaçant TCP/IP en commutation par paquet, mais à sa différence Transpac utilise un mode dit « connecté ». Ce choix technologiquement plus simple permet une mise en place rapide du réseau mais bride considérablement les performances de transmission de données. La stratégie politique mise en œuvre par l’DGT consiste dès lors à s’appuyer au plus vite sur un réseau informatique fonctionnel afin d’équiper les ménages en Minitel, la reconversion de la main d’œuvre des ingénieurs est par ce moyen réalisée sans ajustement trop violent sur le marché du travail.

Le système technique de la télématique en 1980:

4 / Les années 80 : la micro-informatique à grande échelle

Des rendements d’échelle croissants se manifestent lors de la généralisation de la miniaturisation de l’électronique, ils esquissent les premières justifications empiriques solides d’une croissance de la puissance de calcul des microprocesseurs prédites en 1965 par le PDG d’Intel Gordon Earle Moore comme étant de nature exponentielle .

Entre la fin des années 70 et le début de la décennie suivante, la DGT après les succès de ses premières missions phares commence dès lors à être impliquée dans un nombre croissant de projets hautement technologiques, dont l’échec financier du plan de réseau câblé français de 1982 terminera d’achever sa période de toute puissance administrative.

Au même moment, les chercheurs Etats-Uniens mettent au point deus nouveaux protocoles de communications conçus initialement pour élargir le réseau informatique expérimental ARPANET : ces deux couches protocolaires complémentaires sont TCP et IP. Leur philosophie s’inspire en partie des résultats du programme de recherche français « Cyclades » mis en oeuvre par l’INRIA dès les années 1970. Celui-ci avait été abandonné pour des raisons politiques et économiques afin de laisser le champ libre à Transpac et à la diffusion du Minitel.

TCP/IP émerge dans un contexte favorable aux baisses de coûts de l’information, tout d’abord parce que la capacité des réseaux augmente avec la compression qu’occasionne la numérisation de l’information. Les économies d’échelle résultent également de la propriété spécifique de la commutation par paquet de TCP/IP,  puisqu’elle ne transmet pas les silences ponctuant les communications, elle permet de mutualiser la ligne entre chaque transmission de données, y ménageant un accès libre pour d’éventuels paquets concurrents.

Ces innovations font planer de sérieux doutes sur le maintient du système technique historique des télécoms, fondé sur la commutation synchrone commutée. Son pouvoir technique a hanté plus de cent années d’ère industrielle, du télégraphe électrique au téléphone d’après-guerre mais en l’espace de deux décennies, le TCP/IP vont permettre le transfert de l’intelligence et du contrôle des réseaux télécoms du commutateur de cœur vers les terminaux périphériques. Cette manifestation du clinamen épicurien est la fondation d’un nouveau système technique, il s’agit des prémices de la troisième révolution industrielle.


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Publié le 02/11/2009, modifié le 02/11/2009


Notes

Pierre Musso, Les télécommunications, collection "Repères", La Découverte, 2008

Pierre Musso, Télécommunications et philosophie des réseaux, PUF, colelction Politique éclatée, 2è édition, 1998