Un observatoire des pratiques culturelles du numérique

Publié le 27/07/2009, modifié le 29/09/2009


1 / Un observatoire de l’évolution des technologies culturelles


Dans le contexte de cette revue THD Culture, l’Institut de recherche et d’innovation a mis en place une méthodologie d’analyse qui vise à constituer un observatoire de l’évolution des technologies culturelles. Nous appelons ainsi les technologies que l’on disait autrefois de communication (analogiques, et mises en œuvre dans le secteur audiovisuel) lorsque s’étant numérisée et ainsi rapprochées des technologies cognitives, elles permettent au plus grand nombre d’accéder à des fonctions jusqu’alors réservées aux professionnels : autoproduction, diffusion, indexation, etc.

L’observatoire met en œuvre une méthode consistant à décrire les évolutions passées et les possibilités d’évolutions à venir du système technique au sein duquel se développent les technologies culturelles. Dans le cas d’espèce, il s’agit du système des technologies de réseaux numériques.

Le système technique est décrit synchroniquement et diachroniquement par une analyse fonctionnelle qui tend à déterminer les principales fonctions à une époque du système, aussi bien que les principales évolutions de ces fonctions entre les différentes époques du même système.

Par exemple, si l’on admet que l’ancêtre du système technique des réseaux numériques est le système des télécommunications, le central, l’autocommutateur, puis les serveurs constituent une trajectoire fonctionnelle à travers laquelle on peut spécifier, par une analyse diachronique, des époques des télécommunications.

Selon les concepts proposés par l’historien Bertrand Gille, un système technique constitue des relations d’interdépendance entre des techniques et autour d’une technologie dominante.  En  outre, un système technique contient des sous-systèmes techniques, et il est généralement lui-même soit inclus dans un système technique plus vaste soit en relation avec d’autres systèmes techniques.

Les technologies culturelles forment un sous système dans le système technique des technologies de réseaux numériques.

Deux facteurs font évoluer un système technique : d’une part ce que Leroi-Gourhan appelle des tendances techniques, et d’autre part ce qu’il appelle des faits techniques. Les faits techniques peuvent venir contredire les tendances, par exemple en leur résistant pour limiter leur expression qui bouleverse une situation acquise.

D’autre part, un système technique évolue au sein d’autres systèmes sociaux avec lesquelles se produisent des ajustements ou des désajustements. Le système technique numérique contemporain est ainsi par exemple en conflit avec le système juridique.

On peut prévoir l’évolution des tendances d’un système technique, mais on ne peut pas prévoir l’évolution des faits techniques à travers lesquels cette tendance soit s’exprime, soit est réprimée. En revanche, on peut avoir une politique visant à faciliter par exemple l’expression de telle tendance et à réprimer telle autre, même si, en règle générale, une tendance finit toujours par s’exprimer d’une manière ou d’une autre.

L’observatoire des technologies culturelles vise à spécifier les contours du système technique des technologies de réseau. Une telle spécification est une caricature : elle se fait d’un certain point de vue (ici celui des technologies culturelles) et en négligeant des trais considérés comme secondaires de ce point de vue. Une caricature déforme une réalité, mais elle permet en général d’y discerner ses traits caractéristiques.

La méthode consiste à produire trois types de caricatures ou graphes fonctionnels :

  • une caricature du présent,
  • une caricature des stades qui ont conduit au présent (à travers une morphogenèse du système),
  • une caricature des futurs possibles à telles et telles échéances.

Ci-dessous une présentation PowerPoint synthétisant les objectifs et méthodes d'analyse de l'observatoire des pratiques culturelles du numérique:

2 / Usages et pratiques

Les termes « usages»  et « pratiques»  apparaissent souvent interchangeables dans les discours actuels. Bien qu’ils relèvent d’un champ sémantique commun, ils n’en restent pas moins distincts. Dans un contexte relatif à l’interaction entre l’objet technique, ou technologique, et l’homme, « usages»  et « pratiques»  relèvent tout deux de l’activité humaine, mais dans un sens différent :

  • Le terme « usage » est employé lorsque l’accent est mis sur l’objet, car c’est lui qui offre des fonctions et des services qui permettent des usages ;
  • Le terme « pratique » est utilisé lorsque l’on souhaite mettre l’accent sur l’homme.

Les usagers sont ceux qui ne font qu’utiliser les services offerts par les systèmes techniques (l'exemple typique dans ce cas, est celui des usagers passifs des transports en commun) alors que les praticiens sont dans une activité caractérisée par une dimension plus critique, et parfois détournée, de l’objet ou du système technique. L’amateur, au sens de Bernard Stiegler et le hacker sont avant tout des praticiens plutôt que des usagers dans la mesure où ils « bricolent » les objets techniques qui leurs sont proposés pour inventer de nouveaux modes d'individuation et d'interaction avec leur environnement. A contrario, le consommateur, autre figure de l'usager, ne s'approprie pas réflexivement la technologie mais la subit.

Dans ce cadre, la revue THD Culture vise à évaluer et analyser les transformations des pratiques numériques liées à l'introduction de la fibre optique et du Wimax en initiant cette réflexion à partir des individus plutôt qu’à partir des technologies elles-mêmes, parti pris le plus couramment adopté en analyse économique. L’objectif est de mener une étude prospective des technologies du très haut débit pour évaluer les transformations et typer les différentes trajectoires (et également les freins) d’adoption du très haut débit. La revue THD Culture devient ainsi un observatoire des usages et des attentes actuels, mais également de l’évolution des nouvelles pratiques permises par le très haut débit en général. Il ne s'agira donc pas ici de  faire un tableau statique des usages et des logiques d’appropriation, mais bien de cerner les modalités sociales, économiques, géographiques et technologiques qui conditionnent leur développement. C'est la raison pour laquelle notre approche s'appuie sur une investigation essentiellement qualitative des nouvelles pratiques tant  singulières – donc souvent artistiques - que massives - c’est-à-dire potentiellement industrielles - susceptibles de préparer l'avènement d'un nouveau paysage de la culture irriguée par ces NTIC THD.

  3 / Hypothèses

L'approche des technologies THD par notre revue pourrait se  caractériser comme suit:

  • Ces nouveaux medias sont par nature bidirectionnels, ou pour reprendre les termes de Michel Gensollen, constituent des medias symétriques, par opposition aux medias asymétriques traditionnels qui se meurent, et dont le premier d'entre eux demeure la télévision. Il suffit de suivre le cours de bourse de TF1 sur les deux dernières années pour se convaincre que les industries culturelles traversent aujourd'hui une phase de bouleversement significative.
  • Le pari que les technologies du très haut débit rendent caduc le distinguo traditionnel entre virtuel et réel, et qu'il s'agit bien davantage de caractériser la relation de transformation induite par le THD comme une opération d'augmentation – ou de diminution  - du monde que d'opposition.
  • Les technologies du THD en actualisant des possibilités de création et d'auto-production, traditionnellement réservées aux professionnels, ouvrent aux amateurs des possibilités inédites de nouvelles formes d'écriture, non plus fondées sur le seul langage verbal mais sur des nouveaux supports de mémoire – des hypomnemata  -  caractérisés par leur dimension temporelle et non plus seulement spatial, comme l'était l'écriture (cf. La révolution technologique et la grammatisation de Sylvain Auroux).
  • Ces nouveaux modes d'écritures, portés par de nouveaux supports temporels - objets temporels qui se définissent par leur progressive disparition au gré de leur actualisation - posent à nouveau frais la question de la place de la réflexivité et de la critique, et nécessitent, pour que l'opération d'analyse puisse se réaliser, de nouveaux outils de spatialisation, d'annotation et d'indexation des discours multimedia, ubimedia et transmedia.
  • Enfin ces technologies THD, se développant non seulement au niveau des technologies de la fibre optique, mais également sur le Wi Max, ouvrent de nouvelles perspectives en termes de mobilité.

La revue est ainsi structurée autour de quatre rubriques , chacune se rapportant à un domaine culturel  de mise en œuvre des technologies THD:

L'ambition de la revue est également de se situer résolument dans une approche pragmatique  – c’est-à-dire inscrite dans le contexte économique et industriel – et non pas exclusivement ancrée dans une vocation sociologique. La vocation de la revue THD Culture est en effet de s'adresser tout autant aux chercheurs en sciences de l'information qu'aux PME et Grandes entreprises innovantes d'un pôle de compétitivité, tel que Cap Digital, afin de leur proposer des axes de réflexion en termes de positionnements technologiques et marketing autant que des esquisses de modèles économiques. Nous avons ainsi choisi de présenter nos études sous un format de fiches ventilées par modèle économique, facilement utilisables comportant invariablement les parties suivantes :

  • Un descriptif synthétique

Titre, Contexte, Etude de cas, Tags

  • Un descriptif développé

Enjeux technologiques, sociologiques, économiques Détail de la solution Positionnement et argumentaire Contexte d'émergence Intérêt/comparaison de différentes technologies concurrentes Rcteurs du secteur Risques

  • Une analyse marketing et économique

Analyse SWOT (Strength, Weakness, Opportunities, Threat) Ecosystème économique Aspects réglementaires Propriété industrielle Barrière à l'entrée Marché Rentabilité Diagramme de Porter

  • Projets connexes

Projets de recherche envisagés, en cours, passés de l'IRI, de ses partenaires, mais aussi des adhérents de Cap Digital) en relation avec cette technologie ou ce modèle.

  • Un formulaire de déclaration d'intérêt

permettant le cas échéant la mise en place d’une task force d’approfondissement, préalable éventuel à la constitution d ‘un projet de recherche ou d’un consortium industriel


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Publié le 27/07/2009, modifié le 24/08/2009